Rédiger le résumé et l’abstract de votre mémoire
· 10 min de lecture · L’équipe Grongy

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C’est la partie la plus lue de votre mémoire et la moins travaillée. Le paradoxe est presque universel : après huit mois de travail, le résumé est bâclé à minuit, la veille du dépôt, dans un état de fatigue avancée.
Or c’est lui que le jury lit en premier, avant même de tourner la page. C’est lui qui apparaît dans les résultats de recherche si votre mémoire est déposé sur DUMAS — le dépôt universitaire de mémoires après soutenance, hébergé par HAL, qui accueille les travaux validés par un jury. Et c’est souvent la seule partie que liront les gens qui décideront si votre travail vaut la peine d’être ouvert. Une demi-page peut valoir six mois.
Pourquoi il s’écrit en dernier
Cela paraît évident, et pourtant beaucoup s’acharnent à l’écrire au début, parce qu’il est placé au début.
Un résumé annonce quatre choses : le problème, la méthode, les résultats, la portée. Tant que le mémoire n’est pas terminé, vous ne connaissez pas les deux dernières — et souvent la première a changé en cours de route. Écrire son résumé en novembre, c’est décrire un mémoire qu’on ne rendra pas.
Écrivez-le donc à la toute fin, une fois la conclusion écrite. Vous mettrez trente minutes au lieu de trois heures.

Le résumé et l’abstract : pourquoi les deux
En France, la plupart des mémoires exigent un résumé en français et un abstract en anglais, chacun accompagné de ses mots-clés et keywords. Ce n’est pas une coquetterie administrative.
Le résumé français sert au jury et au catalogage : votre travail sera signalé dans les bases documentaires de votre université, éventuellement dans le Sudoc, et sur DUMAS s’il y est déposé. L’abstract anglais sert à la visibilité internationale : c’est ce qui rend votre travail trouvable par quelqu’un qui ne lit pas le français.
Vérifiez vos consignes : longueur (elle est presque toujours plafonnée, en mots ou en caractères), nombre de mots-clés, emplacement. Nous ne vous donnerons pas de chiffre ici, parce qu’il varie d’un département à l’autre et que le seul qui compte est celui de vos normes.
Les cinq mouvements
Un bon résumé n’est pas un texte libre. C’est une structure, et elle est presque toujours la même.
1. Le contexte (une à deux phrases). Pourquoi ce sujet mérite-t-il qu’on s’y arrête ? Situez le problème, pas la discipline entière.
2. L’objectif ou la problématique (une phrase). Ce que votre mémoire fait, précisément. « Ce mémoire interroge… », « Cette recherche vise à… ».
3. La méthode (une à deux phrases). Du concret : combien de participants, qui, comment recrutés, quel matériel, quelle analyse. « Vingt-trois entretiens semi-directifs, analysés thématiquement » vaut mieux que « une méthodologie qualitative a été mise en œuvre ».
4. Les résultats (deux à trois phrases). Le mouvement le plus souvent sacrifié, et le plus important. Dites ce que vous avez trouvé.
5. La portée (une phrase). Et alors ? En quoi cela change-t-il quelque chose, pour la recherche ou pour la pratique ?
Le piège absolu : « les résultats sont présentés et discutés »
Si vous ne deviez retenir qu’une chose de cette page, que ce soit celle-ci.
Des résumés innombrables se terminent par : « Les résultats obtenus sont ensuite présentés et discutés à la lumière de la littérature existante. » Cette phrase ne dit rien. Elle annonce qu’il y a des résultats sans dire lesquels. C’est comme rendre compte d’un match en disant qu’il y a eu un score.
Ne ménagez aucun suspense. Un résumé n’est pas une bande-annonce : c’est un condensé. Écrivez ce que vous avez trouvé, en clair : « Les enseignants interrogés décrivent l’outil comme utile mais chronophage, et son adoption apparaît conditionnée par l’appui de la direction plutôt que par la formation reçue. »
Le même défaut a une variante bien française : le résumé qui est en réalité un plan. « Dans un premier temps, nous reviendrons sur la littérature. Dans un second temps, nous exposerons notre méthodologie. Enfin, nous présenterons nos résultats. » Ceci n’est pas un résumé, c’est une table des matières rédigée. Votre lecteur a déjà le sommaire. Ce qu’il veut, c’est le contenu.
Les temps à employer
En français, une répartition simple fonctionne :
| Mouvement | Temps |
|---|---|
| Contexte, état des lieux | Présent |
| Ce que fait le mémoire | Présent : « ce mémoire analyse » |
| Méthode | Passé composé : « nous avons interrogé » |
| Résultats | Passé composé : « les entretiens ont mis en évidence » |
| Portée, implications | Présent |
Sur les personnes : le « nous » de modestie reste la norme dans la plupart des mémoires français, y compris pour un auteur unique. Le « je » se pratique dans certaines disciplines et pour certaines approches réflexives — demandez à votre directeur, et surtout ne mélangez pas les deux dans le même document. Évitez le « on », souvent jugé trop vague à l’écrit académique.
L’abstract : le vrai piège
L’abstract dit la même chose que le résumé. Mais il ne doit pas en être la traduction mot à mot — et c’est là que presque tout se joue.
Le français académique et l’anglais académique n’ont pas la même syntaxe. Le français aime les longues phrases, les tournures impersonnelles, les substantifs. L’anglais préfère des phrases courtes, des verbes actifs, une information par phrase. Une traduction littérale produit un texte grammaticalement défendable et immédiatement identifiable comme du français déguisé.
Un exemple, calqué sur ce qu’on lit vraiment :
Français : « Dans le cadre de ce mémoire, nous nous proposons d’interroger la problématique de l’articulation entre vie professionnelle et vie privée chez les cadres en télétravail. »
Traduction littérale : « In the framework of this thesis, we propose ourselves to interrogate the problematic of the articulation between professional life and private life… »
Chaque mot est un faux ami. Problématique n’est pas problematic (c’est un adjectif en anglais). Interroger n’est pas to interrogate (qui évoque un commissariat). Dans le cadre de n’est pas in the framework of. Se proposer de n’est pas to propose oneself.
Anglais correct : « This study examines how remote-working managers negotiate the boundary between work and private life. »
Plus court, plus clair, et c’est de l’anglais. La méthode : ne traduisez pas phrase par phrase. Prenez chaque mouvement, comprenez ce qu’il dit, et réécrivez-le directement en anglais. Puis faites relire par quelqu’un qui maîtrise réellement la langue — un enseignant d’anglais, un camarade angliciste, le centre de langues de votre université s’il propose ce service.
Quelques réflexes : voix active ; une idée par phrase ; méfiez-vous de actually (qui ne veut pas dire « actuellement »), eventually (pas « éventuellement »), important (souvent significant), permit (souvent allow). Côté temps, l’anglais suit la même logique que le français : présent pour le contexte et l’objectif, prétérit pour la méthode et les résultats, présent pour la conclusion.
Ce qui n’a rien à faire dans un résumé
- Les références. Un résumé est autonome : il se lit sans le mémoire et sans la bibliographie. Sauf cas rare et justifié, aucune citation.
- Les abréviations non définies. Votre lecteur ne sait pas ce qu’est un « EPLE » ou un « SIRH » avant la page 12.
- Les tableaux, figures, notes de bas de page.
- Les annonces de plan, et le suspense : « les résultats se révèlent surprenants ». Lesquels ?
- Les généralités d’ouverture. « Depuis la nuit des temps, l’homme travaille. » Vous avez une demi-page : n’en gaspillez pas le quart.
- Ce qui n’est pas dans le mémoire. Un résumé ne promet rien qui ne soit démontré à l’intérieur.
Les mots-clés, ou comment être trouvé
Les mots-clés ne sont pas une formalité : ce sont les portes d’entrée vers votre travail dans les catalogues et les moteurs de recherche. Trois ou quatre, souvent cinq ou six selon vos normes — vérifiez.
La bonne façon de les choisir : demandez-vous ce que taperait quelqu’un qui cherche exactement votre mémoire sans savoir qu’il existe.
Deux conseils pratiques. D’abord, exploitez-les pour élargir la prise : les mots de votre titre sont déjà indexés par les moteurs, donc plutôt que de les recopier, choisissez des termes complémentaires — le concept théorique, la population, le terrain, la méthode. Ensuite, si votre discipline dispose d’un vocabulaire contrôlé, utilisez-le : les bibliothèques françaises indexent avec le référentiel RAMEAU, et employer les termes consacrés de votre champ plutôt que vos formulations personnelles vous rend beaucoup plus trouvable. Et n’oubliez pas de fournir la version anglaise.
Un exemple, avant et après
Prenons un mémoire fictif sur l’usage d’un logiciel de vie scolaire par des enseignants du secondaire.
Avant. « Le numérique occupe aujourd’hui une place croissante dans l’éducation. Ce mémoire s’intéresse à la question de l’usage des outils numériques par les enseignants. Après une revue de la littérature, une méthodologie qualitative est mise en œuvre. Les résultats sont ensuite présentés et discutés, avant d’ouvrir sur des perspectives. »
Quatre phrases, zéro information. On ne sait ni quel outil, ni quels enseignants, ni combien, ni ce qui a été trouvé.
Après. « L’équipement numérique des établissements scolaires progresse plus vite que son appropriation par les équipes pédagogiques. Ce mémoire examine comment des enseignants du second degré intègrent un logiciel de vie scolaire à leur travail quotidien. Nous avons mené dix-huit entretiens semi-directifs dans trois collèges de l’académie, analysés thématiquement. Les enseignants interrogés jugent l’outil utile pour le suivi des élèves, mais décrivent une charge administrative accrue et un sentiment de contrôle de leur activité. L’adoption apparaît moins liée à la formation reçue qu’au soutien concret de l’équipe de direction. Ces résultats suggèrent que les politiques d’équipement gagneraient à porter autant sur l’accompagnement local que sur le matériel. »
Même longueur, ou presque. Mais on sait quoi, qui, combien, ce qui a été trouvé et pourquoi cela compte.
Vérification finale
- Peut-on lire votre résumé sans avoir le mémoire sous les yeux et comprendre ce que vous avez fait ?
- Les cinq mouvements y sont-ils tous, y compris les résultats en clair ?
- Avez-vous supprimé toute annonce de plan ?
- Aucune référence, aucune abréviation non définie ?
- L’abstract est-il de l’anglais, ou du français traduit ? L’avez-vous fait relire ?
- Les mots-clés élargissent-ils la prise au lieu de recopier le titre ?
- La longueur respecte-t-elle vos normes ?
- Le résumé décrit-il le mémoire que vous rendez, et non celui que vous vouliez écrire en novembre ?

Questions fréquentes
Combien de mots doit faire un résumé ?
La plupart des formations et des revues fixent une limite entre 150 et 300 mots ; suivez toujours le nombre indiqué plutôt qu’un chiffre général. La contrainte est le but : elle vous force à ne nommer que l’essentiel.
Le résumé contient-il des citations ?
En principe non. Le résumé se suffit à lui-même comme synthèse de votre travail : références, figures et notes de bas de page en sont normalement exclues, sauf autorisation explicite d’une norme.
Quelle différence entre le résumé et l’introduction ?
Le résumé condense toute l’étude — résultats et conclusion compris — en un paragraphe. L’introduction ne fait que poser le problème et la problématique ; elle ne dévoile pas les résultats.
Guides liés
- La problématique — la phrase « objectif » de votre résumé
- Comment rédiger un mémoire — le document derrière le résumé
- Les normes bibliographiques — le format de vos références
Grongy peut vous aider sur la dernière ligne droite : relecture de la clarté et de la syntaxe, cohérence terminologique entre le résumé et le corps du mémoire, et vérification que votre bibliographie tient dans le style demandé. Ce qu’il ne fera pas, c’est écrire vos résultats à votre place — ils sont à vous, et ce sont eux que le jury lira en premier.
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