Le plan de mémoire : deux parties, trois parties, et l’annonce du plan
· 9 min de lecture · L’équipe Grongy

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Dans beaucoup de systèmes universitaires, le plan est un outil privé : on le fait pour soi, on ne le montre pas, et le lecteur ne le juge qu’à travers le texte. En France, non. Ici, le plan est une partie du travail rendu, il est souvent visible, il est discuté avec le directeur avant la rédaction, et il est commenté à la soutenance. On peut avoir de bonnes idées et une belle plume, et se faire démolir sur le plan.
Ce n’est pas une lubie académique. Un plan, en tradition française, c’est la forme visible de votre raisonnement : il montre comment vous passez de la problématique à la réponse. Un plan bancal signale un raisonnement bancal, même si les pages sont bonnes.
Pourquoi le plan porte la note
Un correcteur qui ouvre votre mémoire lit trois choses avant tout le reste : la problématique, le sommaire, la conclusion. En trois minutes, il sait si le travail tient. Le sommaire, c’est votre raisonnement en une page — et c’est à ce moment-là que se forme l’impression que les 90 pages suivantes devront confirmer ou corriger.
Un bon plan répond à une seule exigence, et elle est brutale : chaque partie doit être une étape nécessaire de la réponse à la problématique. Si l’on peut supprimer une partie sans que la réponse s’effondre, c’est qu’elle n’y répondait pas — elle remplissait.

Plan apparent ou plan non apparent : demandez d’abord
Avant toute chose, vérifiez la convention de votre discipline, car elle est décisive et n’est presque jamais écrite noir sur blanc.
- Plan apparent : les titres des parties et sous-parties figurent dans le texte et dans le sommaire. C’est la règle en droit, en gestion, en sciences sociales, en sciences.
- Plan non apparent : le plan structure le devoir mais les titres ne sont pas affichés ; ce sont les transitions qui font le travail. C’est la tradition de la dissertation de philosophie et de lettres.
Un mémoire est presque toujours à plan apparent, même en lettres. Mais l’exercice de la dissertation, lui, ne l’est pas — et c’est une source de confusion pour les étudiants qui passent de l’un à l’autre.
Le plan en deux parties
Le plan binaire est la signature de la tradition juridique, et il s’est diffusé bien au-delà. Sa forme canonique est rigide : deux parties (I et II), deux sous-parties chacune (A et B), et rien d’autre. Pas de partie III de secours, pas de A-B-C, pas de partie « conclusion ».
Ce que cette rigidité impose est en réalité un service rendu : elle vous force à trancher. Deux parties, cela veut dire que votre problématique se laisse ramener à une opposition, une distinction ou une articulation fondamentale — principe et exception, fondement et limites, reconnaissance et mise en œuvre, affirmation et effritement.
Un exemple de charpente :
I. Un pouvoir de direction reconnu à l’employeur
A. Un fondement solidement établi
B. Un exercice largement discrétionnaireII. Un pouvoir de direction contenu par la vie privée du salarié
A. Des limites posées par le droit des données personnelles
B. Une effectivité inégale devant le juge
Remarquez trois choses. Les titres sont des phrases nominales, pas des étiquettes (« Partie I : le pouvoir de direction » ne dit rien). Les deux parties s’équilibrent en volume. Et l’enchaînement I → II est un mouvement, pas un empilement.
En droit, une convention supplémentaire s’ajoute : le chapeau. Après le titre de la partie I, avant le A, deux ou trois phrases annoncent ce que contiennent A et B. Le lecteur ne doit jamais découvrir une sous-partie sans avoir été prévenu.
Le plan en trois parties
Le plan ternaire est celui des lettres, de la philosophie et de la culture générale. Il souffre d’une caricature dont il faut se débarrasser tout de suite : thèse – antithèse – synthèse. Cette formule mécanique produit presque toujours un devoir médiocre, parce qu’elle fait dire « oui », puis « non », puis « un peu des deux », ce qui n’est pas un raisonnement mais une hésitation mise en ordre.
Un vrai plan ternaire est une progression. Chaque partie déplace le problème au lieu de le contredire :
- I. On prend l’évidence au sérieux et on montre ce qu’elle a de fondé.
- II. On montre à quelles conditions elle cesse de tenir, et pourquoi.
- III. On reformule le problème à un autre niveau, celui que les deux premières parties ont fait apparaître.
La troisième partie n’est pas un compromis : c’est le moment où l’on comprend que la question de départ n’était pas tout à fait la bonne, et pourquoi. Si vous pouvez écrire votre partie III sans avoir écrit les deux premières, c’est qu’elle n’en est pas une.
Le plan du mémoire empirique
Si votre mémoire repose sur un terrain, un corpus ou des données, la charpente est plus standard — introduction, revue de littérature, méthodologie, résultats, discussion, conclusion — mais le piège est identique : ces sections sont des contenants, pas un raisonnement. Un mémoire empirique se rate exactement de la même façon qu’un autre, en juxtaposant cinq blocs qui ne se parlent pas.
Le test : votre discussion doit répondre à la question posée dans l’introduction, en mobilisant la littérature de la partie 2 pour interpréter les résultats de la partie 4. Si la revue de littérature ne resurgit jamais dans la discussion, elle était décorative.
Les titres font la moitié du travail
Un lecteur doit pouvoir lire votre sommaire seul et comprendre votre thèse. Cela disqualifie les titres neutres.
- Faible : « II. L’analyse des entretiens »
- Faible : « II. Le télétravail et le contrôle »
- Bon : « II. Un contrôle plus fin qu’au bureau, exercé par des outils présentés comme des aides »
Le titre faible nomme un objet. Le bon titre affirme quelque chose — et c’est ce que la partie va démontrer. Évitez aussi les titres qui promettent plus que la partie ne tient : le jury lit le sommaire en vous écoutant.
L’annonce du plan
L’annonce du plan est la dernière phrase de votre introduction, et elle est attendue. Elle a une fonction précise : montrer que l’ordre de vos parties découle de la problématique.
Ce qu’il ne faut pas écrire :
« Dans une première partie, nous verrons X. Dans une seconde partie, nous verrons Y. »
C’est une table des matières déguisée. Cela liste sans justifier, et cela ne prouve rien.
Ce qu’il faut viser :
« Répondre à cette question suppose d’abord d’établir sur quoi repose le pouvoir de direction reconnu à l’employeur, et l’étendue réelle qu’il lui laisse (I). C’est seulement une fois cette étendue mesurée que l’on peut examiner ce que le droit au respect de la vie privée parvient — ou non — à lui opposer (II). »
La différence tient en un mot : « seulement une fois ». Il y a une nécessité entre les deux parties. Le lecteur comprend qu’on ne pouvait pas les mettre dans l’autre sens. C’est exactement ce qu’on vous demande de prouver.
En plan non apparent, la même logique s’applique, sans les numéros : l’annonce se fait par la formulation même du cheminement.
Comment fabriquer le plan à partir de la problématique
La méthode est mécanique, et c’est ce qui la rend utile quand on est bloqué.
- Écrivez votre problématique en haut d’une page blanche.
- Écrivez dessous, en une phrase, la réponse que vous croyez pouvoir défendre. Oui, avant d’avoir tout écrit.
- Demandez-vous : de quoi le lecteur doit-il être convaincu, et dans quel ordre, pour accepter cette réponse ? Chaque conviction nécessaire est une partie.
- Pour chacune, refaites l’opération : de quoi doit-il être convaincu pour accepter ça ? Ce sont vos sous-parties.
- Relisez : pouvez-vous supprimer une étape ? Alors supprimez-la. Pouvez-vous en intervertir deux sans dommage ? Alors votre ordre n’est pas un raisonnement.
Vous obtiendrez rarement le bon plan du premier coup. Trois ou quatre versions successives sont la norme, et chacune se discute avec votre directeur — c’est le moment où son avis vous fait gagner le plus de temps.
Les erreurs qui coûtent le plus
- Le plan-catalogue. Des parties par thème, sans nécessité entre elles.
- Le déséquilibre. Une partie de 40 pages, une autre de 12. Le jury lit ça comme un aveu.
- Le recouvrement. La même idée traitée en I.B et en II.A. Signe qu’une frontière est mal posée.
- La partie orpheline. Un morceau intéressant conservé par attachement, qui ne sert pas la réponse. Coupez-le, mettez-le en annexe.
- Le plan figé. Si votre problématique évolue — elle évoluera — le plan doit suivre. Un plan qui répond à l’ancienne question est l’incohérence la plus visible qui soit.
Un bon plan ne s’ajoute pas au raisonnement : c’est le raisonnement, rendu visible. C’est pour cela qu’il porte la note.

Questions fréquentes
Un mémoire se fait-il en deux ou en trois parties ?
Les deux existent et se défendent : la structure suit votre raisonnement, pas une règle fixe. Deux parties conviennent à une opposition ou à un mouvement théorie/terrain ; trois à une progression en étapes. Choisissez celle qui rend votre argument le plus lisible, et vérifiez l’usage de votre discipline.
Combien de pages par partie ?
Il n’y a pas de quota, mais des parties très déséquilibrées trahissent souvent un plan bancal. Visez un équilibre approximatif, et méfiez-vous d’une partie « revue de littérature » qui dévore la moitié du mémoire au détriment de votre propre analyse.
Le plan peut-il changer en cours de route ?
Oui, et c’est sain. La rédaction révèle des redites et des chaînons manquants qu’aucun plan initial ne prévoit. Le seul impératif : que le mémoire rendu suive le plan qu’il annonce en introduction.
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- Comment rédiger un mémoire — le plan dans le processus complet
- La problématique — ce que chaque partie sert à élucider
- La revue de littérature — la partie qui déborde le plus souvent
Grongy vous aide à tenir la structure pendant que le texte grossit : plan, titres, sections et références restent au même endroit, et chaque affirmation reste rattachée à une source réelle que vous pouvez ouvrir. Le raisonnement, lui, reste le vôtre — c’est ce que le jury vient écouter.
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