Le taux de similitude : ce qu’il veut dire (et ce qu’il ne veut pas dire)
· 10 min de lecture · L’équipe Grongy

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« Mon rapport Compilatio affiche 24 %. Je suis foutu ? » C’est l’une des angoisses les plus répandues de la fin de mémoire, et elle repose presque entièrement sur un malentendu. Le taux de similitude n’est pas une note. Ce n’est pas un verdict. Ce n’est même pas une propriété stable de votre texte.
Voici ce qu’il mesure réellement, comment le lire, et pourquoi nous refusons — délibérément — de vous donner des « astuces » pour le faire baisser.
Ce que fait la machine, exactement
Compilatio, Turnitin et leurs équivalents font tous la même chose de base : ils découpent votre texte, le comparent à un corpus (pages web, publications, travaux déjà déposés par d’autres étudiants), et signalent les suites de mots qui se retrouvent ailleurs. Le pourcentage affiché est la proportion de mots de votre document qui coïncident avec quelque chose de ce corpus.
C’est tout. Vraiment. En France et dans l’espace francophone, Compilatio est l’outil que la plupart des universités ont déployé ; Turnitin est également présent, notamment dans les cursus internationaux. La logique est identique.
Et il faut souligner ceci, parce que c’est décisif : les éditeurs eux-mêmes ne prétendent pas que leur pourcentage établit un plagiat. Compilatio présente ses résultats comme des indicateurs signalant des passages suspects, « à compléter par une analyse humaine ». La machine repère des recouvrements. Elle ne décide rien. La décision appartient à votre directeur, à votre jury, éventuellement à une commission — c’est-à-dire à des personnes qui lisent.

Similitude n’est pas plagiat
Le mot « similitude » est choisi avec soin, et il faut le prendre au sérieux. L’indicateur se trompe dans les deux sens, et par construction.
Il signale des choses qui ne sont pas du plagiat. Une citation parfaitement mise entre guillemets, référencée, paginée, irréprochable, apparaît dans le rapport comme une similitude — puisque, par définition, ces mots se trouvent ailleurs. Votre bibliographie aussi, puisque les titres et les noms d’auteurs existent forcément ailleurs. Les formules obligées du genre académique aussi — « l’objectif de cette recherche est de », « nous avons mené des entretiens semi-directifs ».
Il manque des choses qui en sont. Une idée volée, reformulée avec assez d’habileté, sans jamais nommer son auteur, peut afficher 0 %. C’est du plagiat, plein et entier, et aucun logiciel ne le verra. Un correcteur qui connaît le champ, lui, le verra.
D’où la conclusion, qui devrait clore la moitié des paniques : le pourcentage ne prouve ni votre culpabilité ni votre innocence. Il indique où regarder.
Pourquoi un taux élevé n’est pas automatiquement grave
Un score haut a le plus souvent une explication banale :
- Les filtres n’ont pas été appliqués. Bibliographie non exclue, citations entre guillemets non exclues : le chiffre grimpe mécaniquement, sans qu’une seule ligne soit problématique.
- Vous citez des textes normatifs. Un mémoire de droit qui reproduit des articles de loi, un mémoire de lettres qui cite un corpus littéraire : la similitude est élevée et c’est exactement ce qu’on attend de vous.
- Vous vous comparez à vous-même. Vous aviez déposé une version intermédiaire, ou votre mémoire de M1 sur un sujet voisin : le système signale une correspondance massive avec… vous.
- Une source du corpus a elle-même plagié. Vous citez proprement un auteur, un site a pillé ce même auteur, le rapport vous rapproche du site.
Un rapport à 25 % constitué de citations correctement traitées est un rapport sain. Un rapport à 8 % dont les 8 % viennent d’un unique blog, sans guillemets ni référence, est un problème sérieux. La répartition compte infiniment plus que le total.
Et un taux bas ne vous absout pas
L’inverse est vrai aussi. Un rapport à 2 % ne signifie pas « travail validé » : il signifie « peu de recouvrements textuels ». Un score proche de zéro éveille même parfois une autre question — ce mémoire s’appuie-t-il sur une littérature, au juste ? Car les questions que se pose réellement un jury n’apparaissent sur aucun rapport : chaque idée est-elle attribuée ? les sources sont-elles lues ? le raisonnement est-il le vôtre ?
Les seuils : la partie honnête
C’est ici que vous attendez un chiffre. Nous n’allons pas vous en donner, et voici pourquoi.
Il n’existe pas de seuil national en France. Aucun texte ne fixe un pourcentage au-delà duquel un mémoire serait refusé. Les nombres ronds qui circulent sur les forums, les blogs et les groupes d’entraide — 10 %, 15 %, 20 %, 25 % — ne sont pas des règles. Ce sont des rumeurs, parfois recopiées d’un site commercial à l’autre jusqu’à ressembler à un fait.
Le seul document qui vous engage est celui de votre établissement : la charte anti-plagiat, le règlement des études, ou les consignes de votre UFR. Certains fixent un seuil indicatif. Beaucoup s’y refusent explicitement, précisément parce qu’un seuil automatique n’a pas de sens. D’autres définissent leur seuil après exclusion des citations et de la bibliographie — ce qui change complètement le nombre dont on parle.
Il y a d’ailleurs une raison plus profonde de se méfier des seuils : le même texte n’a pas le même taux selon les réglages appliqués par la personne qui lance l’analyse. Filtres d’exclusion, longueur minimale des correspondances, corpus interrogé : deux analyses du même fichier peuvent afficher deux chiffres très différents. Un nombre qui dépend des options de celui qui le calcule n’est pas une caractéristique de votre travail.
Alors la seule réponse utile est décevante et libératrice : lisez la charte de votre université, et posez la question à votre directeur. Faites-le maintenant, pas la veille du dépôt. Tout chiffre que nous inventerions ici serait faux pour votre établissement — et un chiffre inventé, sur un blog qui parle d’intégrité académique, serait une petite ironie que nous préférons éviter.
Lire le rapport comme un outil de révision
Cessez de regarder le total. Ouvrez les correspondances une par une, et pour chacune, posez trois questions :
- Est-ce une citation ? Alors vérifiez : guillemets ou bloc, référence, page. Si tout y est, ne touchez à rien. C’est du travail bien fait qui a l’air d’une similitude.
- Est-ce une paraphrase faible ? Une phrase dont vous n’avez changé que quelques mots. Là, il y a un vrai travail à faire : reprenez l’idée, reconstruisez-la, et citez la source. Notre guide sur comment éviter le plagiat détaille la méthode.
- Est-ce du remplissage ? Un passage recopié qui n’apporte rien à votre démonstration. Supprimez-le. Votre mémoire y gagnera deux fois.
Le signal d’alerte à surveiller, ce n’est pas le total : c’est une source unique qui revient longuement et de façon continue. Vingt correspondances de huit mots réparties dans tout le document, c’est du bruit. Trois pages qui correspondent au même mémoire déposé en 2021, c’est un point à éclaircir.
Un point pratique, enfin : dans la plupart des universités, les étudiants n’ont pas la main sur l’outil — c’est le directeur ou la scolarité qui lance l’analyse. Demandez donc tôt si vous pouvez obtenir un rapport intermédiaire. Découvrir un problème quarante-huit heures avant le dépôt, sans possibilité de corriger, est la pire configuration possible.
Les « astuces pour faire baisser le taux » : notre réponse est non
Elles circulent partout : remplacer des lettres latines par des caractères cyrilliques ou grecs d’apparence identique, insérer des caractères invisibles ou du texte en blanc entre les mots, convertir des pages en images, faire un aller-retour de traduction automatique français → anglais → français, passer le texte dans un « reformulateur » ou un « humaniseur », permuter mécaniquement des synonymes.
Nous ne les expliquerons pas, et nous n’en publierons jamais la liste opérationnelle. Quatre raisons, dans l’ordre d’importance :
1. Elles ne suppriment pas le plagiat, elles le maquillent. C’est l’argument décisif. Si vous devez truquer un paragraphe pour qu’il passe, c’est que ce paragraphe appartient à quelqu’un d’autre. Le taux baisse ; le plagiat reste, mot pour mot, dans le document que vous signez.
2. Elles constituent une fraude en elles-mêmes. Manipuler délibérément un dispositif d’évaluation, c’est tromper l’évaluation — une faute distincte du plagiat initial et qui s’y ajoute. Et elle a une propriété redoutable : elle prouve l’intention. Un plagiat par négligence peut s’expliquer, se discuter, parfois s’excuser. Un caractère invisible inséré à la main entre deux mots ne s’explique pas : il ne peut être arrivé là que volontairement. Vous transformez une maladresse défendable en fraude caractérisée.
3. Elles ne fonctionnent pas comme on vous le promet. Les éditeurs signalent aujourd’hui ces manipulations, et un document truffé de caractères aberrants est en soi un signal d’alarme. Mais surtout : votre mémoire est lu par un être humain. Un texte passé par un aller-retour de traduction automatique produit un français bizarre, plat, aux collocations fausses, que n’importe quel directeur repère en une page. Vous n’avez pas trompé la machine, et vous avez alerté la personne.
4. Vous n’en avez pas besoin. C’est le vrai argument. Un mémoire écrit honnêtement — citations entre guillemets, paraphrases reconstruites et référencées, bibliographie qui correspond au texte — n’a rien à blanchir. La question « comment faire baisser mon taux ? » n’est presque jamais technique : c’est le symptôme d’un problème de rédaction en amont.
Le même refus vaut pour les outils qui prétendent « humaniser » un texte produit par IA afin d’échapper à une détection. Ajoutons un fait qui devrait vous intéresser : la fiabilité des détecteurs d’IA est ouvertement discutée, faux positifs compris. C’est une raison de plus de déclarer votre usage à votre directeur plutôt que de parier sur le comportement d’un détecteur. Une utilisation déclarée se discute ; une utilisation dissimulée, puis suspectée, vous laisse sans défense — même quand le détecteur a tort.
La seule façon honnête de faire baisser le taux
Elle tient en une phrase : écrivez mieux. Guillemets et page sur chaque citation directe ; de vraies reformulations, citées, à la place des paraphrases superficielles ; une méthode écrite à partir de ce que vous avez fait plutôt que d’un manuel. Et surtout, synthétisez au lieu d’aligner : « A dit ceci. B dit cela. » gonfle le taux et fait une mauvaise revue de littérature. Tout cela est détaillé dans notre guide sur comment éviter le plagiat.
Avant de déposer
- Avez-vous lu la charte anti-plagiat de votre établissement ? Savez-vous ce qu’elle dit, précisément ?
- Avez-vous demandé à votre directeur si un rapport intermédiaire est possible ?
- Chaque correspondance signalée a-t-elle été ouverte et traitée individuellement ?
- Reste-t-il une source unique en correspondance longue et continue ?
- Chaque paraphrase porte-t-elle sa référence ?
Le taux de similitude n’est pas un adversaire à vaincre. C’est un miroir imparfait, tenu par une machine qui ne comprend pas ce qu’elle lit. Un étudiant qui cite proprement, paraphrase honnêtement et tient ses références à jour n’a aucune raison d’en avoir peur.

Questions fréquentes
Quel taux de similitude est acceptable ?
Il n’existe pas de seuil universel ; chaque établissement fixe le sien (on parle souvent de 10 à 20 %, mais c’est votre règlement qui tranche). Et le chiffre seul ne dit rien : le texte cité et guillemeté correctement compte aussi comme recouvrement. Lisez le contenu du rapport, pas le pourcentage.
Comment baisser le taux honnêtement ?
Par la méthode, pas par des astuces : paraphrasez vraiment au lieu de citer mot à mot, rattachez chaque idée empruntée à sa source, et raccourcissez les citations longues inutiles. Éviter le plagiat réunit ces habitudes. Les « humaniseurs » créent du risque, pas de l’honnêteté.
Les citations et la bibliographie comptent-elles dans le taux ?
Souvent oui : le logiciel compare le texte et signale aussi ce qui est cité. Certains établissements paramètrent le rapport pour exclure la bibliographie et les citations correctes ; demandez-le à votre directeur.
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Grongy se tient volontairement du côté transparent de cette ligne : nous appuyons vos brouillons sur les sources réelles que vous avez rassemblées et nous vous aidons à rattacher chaque affirmation à une référence vérifiable. Nous ne contournons aucune détection et ne proposons aucune « humanisation » de texte — non par prudence commerciale, mais parce qu’un mémoire écrit honnêtement n’en a jamais besoin.
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