Les normes bibliographiques : APA, ISO 690 et les normes du département
· 10 min de lecture · L’équipe Grongy

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Commençons par la chose que la plupart des guides ne vous diront pas : en France, il n’existe pas de norme bibliographique unique. Pas de standard national, pas de règle qui s’imposerait à tous les mémoires. Ce qui existe, c’est une mosaïque de traditions disciplinaires et, surtout, des consignes locales — le fameux PDF de dix pages intitulé « Normes de présentation du mémoire », rédigé par votre département, parfois il y a huit ans, et qui fait autorité sur tout le reste.
Y compris sur cette page. Si vos normes contredisent ce que vous lisez ici, suivez vos normes. Vous rédigez pour une note, pas pour une revue internationale.
La hiérarchie de ce qui fait autorité
Retenez cet ordre, il vous évitera beaucoup d’heures perdues :
- Le document de normes de votre département ou UFR. Il gagne toujours.
- Ce que dit votre directeur. Il connaît les habitudes du jury.
- La norme officielle du style (APA, ISO 690, Chicago…), pour tout ce que les deux premiers ne tranchent pas.
- Les tutoriels trouvés en ligne, y compris celui-ci, tout en bas.
L’erreur classique consiste à passer un week-end à appliquer scrupuleusement le manuel APA, puis à découvrir que le département voulait des notes de bas de page. Lisez vos normes avant d’écrire une seule référence. Si elles n’existent pas, demandez : le silence n’est pas une permission, c’est souvent un oubli.

Les trois familles
Derrière la quinzaine de noms de styles, il n’y a en réalité que trois manières de renvoyer à une source. Comprendre ces familles vaut mieux que mémoriser des virgules.
La famille auteur-date. La référence apparaît dans le texte, entre parenthèses : (Bourdieu, 1979, p. 12). Le lecteur voit immédiatement qui et quand — ce qui compte quand l’ancienneté d’un résultat est en soi une information. C’est la famille d’APA, de Harvard, de Chicago auteur-date. Elle domine en psychologie, sociologie, sciences de l’éducation, économie, gestion, STAPS, sciences politiques.
La famille numérique. Un appel de note chiffré : [1] ou (1), renvoyant à une liste ordonnée par apparition. C’est compact, cela n’interrompt pas la lecture, mais il faut aller au bout pour savoir de qui on parle. C’est la famille de Vancouver et d’IEEE. Elle domine en médecine, en ingénierie et dans les sciences dites dures.
La famille des notes de bas de page. La référence complète descend en note, en bas de la page. C’est la tradition dominante en histoire, en lettres, en philosophie, en droit — et c’est un point que les guides anglophones manquent complètement, parce que dans ces disciplines françaises on ne parle généralement pas d’un « style » nommé : on dit simplement « les notes ». Chicago notes-bibliographie en est l’équivalent international le plus proche.
| Famille | Dans le texte | Disciplines typiques |
|---|---|---|
| Auteur-date | (Dupont, 2019, p. 12) | Sciences sociales, psycho, éco, gestion |
| Numérique | [1] | Médecine, ingénierie, sciences |
| Notes | Appel de note¹ | Histoire, lettres, philosophie, droit |
Un mot sur ibid., op. cit. et art. cit.
Si vous êtes dans la famille des notes, vous rencontrerez cet appareil latin, encore bien vivant dans les sciences humaines françaises :
- Ibid. — « au même endroit » : la source de la note immédiatement précédente. Suivi de la page si elle change : Ibid., p. 45.
- Op. cit. — « ouvrage cité » : un ouvrage déjà cité plus haut, mais pas juste avant. On le fait précéder du nom de l’auteur : Dupont, op. cit., p. 12.
- Art. cit. — même chose pour un article.
Deux avertissements. Les usages varient : certains départements les proscrivent, d’autres les exigent. Et aucun logiciel ne gère cet appareil de façon parfaitement fiable, surtout quand vous déplacez des paragraphes en fin de rédaction — un ibid. qui renvoyait à la bonne source peut se retrouver derrière une autre note. Si vous travaillez ainsi, relisez vos notes à la main, à la fin. C’est fastidieux, et c’est indispensable.
« Norme AFNOR » : ce que ça veut dire vraiment
Vous entendrez « utilisez la norme AFNOR ». Cette phrase mérite une explication, parce qu’elle recouvre souvent une confusion.
La norme française historique s’appelait NF Z44-005. Elle a été remplacée par NF ISO 690 en 2010, c’est-à-dire par la version française de la norme internationale ISO 690, elle-même révisée en 2021. Autrement dit : quand un document de département demande « la norme AFNOR Z44-005 », il renvoie à un texte qui n’est plus en vigueur depuis plus de quinze ans — ce qui en dit surtout long sur l’âge du document.
Que faire ? Demandez ce qu’on attend concrètement, puis appliquez la consigne, même imparfaite. La cohérence avec les attentes du jury vaut mieux que la conformité à la dernière révision d’une norme que personne ne relira.
Il faut aussi comprendre une particularité d’ISO 690, qui déroute beaucoup d’étudiants : ce n’est pas un « style » au sens d’APA. ISO 690 donne des principes directeurs — quels éléments doivent figurer dans une référence, dans quel ordre — mais laisse une latitude réelle sur la ponctuation et la présentation. C’est pourquoi deux bibliographies conformes à ISO 690 peuvent ne pas se ressembler, et avoir toutes les deux raison. APA, à l’inverse, prescrit la virgule. Si vos normes disent « ISO 690 » sans plus de précision, votre obligation est d’être cohérent et complet, pas de deviner une ponctuation officielle qui n’existe pas.
APA, la plus répandue en sciences sociales
C’est le style le plus demandé dans les départements français de sciences humaines et sociales. Sa 7ᵉ édition est la version en vigueur. Ses mécanismes, en résumé :
- Dans le texte, deux formes : entre parenthèses — « la relation est significative (Dupont, 2019) » — ou intégrée à la phrase — « Dupont (2019) montre que… ». (Les noms de nos exemples sont fictifs.)
- Citation directe : ajoutez la page. (Dupont, 2019, p. 45).
- En bibliographie : classement alphabétique par nom d’auteur, retrait négatif, titres de revues et d’ouvrages en italique, DOI en lien complet.
Et voici le point qu’il faut savoir, parce qu’il explique tout le reste : l’APA n’existe pas officiellement en français. L’American Psychological Association publie son manuel en anglais. Ce que les départements français appellent « APA » est une adaptation d’usage, et les adaptations divergent. D’où des questions récurrentes sans réponse universelle :
- « & » ou « et » ? L’usage le plus répandu conserve « & » entre parenthèses (Dupont & Martin, 2019) et emploie « et » dans le fil de la phrase : « Dupont et Martin (2019) constatent… ». Vérifiez vos normes.
- « et al. » reste « et al. » — c’est du latin, il traverse les langues.
- « sans date » : le « n.d. » anglais devient « s. d. » : (Dupont, s. d.).
- Direction d’ouvrage : le français emploie « (dir.) » là où l’anglais met « (Ed.) ».
- Majuscules des titres : l’anglais capitalise selon ses règles ; le français ne capitalise que le premier mot et les noms propres. La plupart des adaptations françaises appliquent l’usage français aux titres français.
Ce ne sont pas des détails ésotériques : ce sont exactement les points sur lesquels votre gestionnaire de références produira un résultat anglais dans un mémoire français. Pour les règles de fond, la documentation officielle d’APA Style reste la référence — en gardant en tête qu’elle ne traite pas des questions d’adaptation ci-dessus.
Les autres, en bref
- MLA — lettres, langues, études anglophones. Auteur-page : (Dupont 45). style.mla.org
- Chicago — deux systèmes distincts sous un même nom : auteur-date, et notes-bibliographie. Précisez toujours lequel. chicagomanualofstyle.org
- Vancouver — médecine et santé, numérique, adossé aux recommandations de l’ICMJE.
- IEEE — ingénierie, informatique, électronique. Numérique entre crochets.
Ce qui ne change jamais
Les styles varient ; leur raison d’être, non. Quel que soit le système imposé, quatre principes tiennent :
- Correspondance dans les deux sens. Chaque appel a son entrée ; chaque entrée a son appel. C’est vérifiable en quelques minutes, et c’est vérifié.
- Un seul style, du début à la fin. La cohérence prime sur l’exactitude. Un jury discutera rarement une virgule ; il sanctionnera toujours trois systèmes mélangés, parce que c’est le signe visible d’une absence de relecture.
- Une citation directe porte sa page. Toujours.
- Le lecteur doit pouvoir retrouver la source. C’est le but unique de tout cet appareil. Une bibliographie n’est pas un ornement de fin de document : c’est ce qui rend vos affirmations vérifiables. Si quelqu’un ne peut pas remonter à la source à partir de votre référence, elle a échoué, même parfaitement ponctuée.
Utilisez un gestionnaire, mais relisez-le
Formater soixante références à la main est une perte de temps et une source d’erreurs. Zotero est gratuit, largement adopté dans les universités françaises, et s’intègre à Word comme à LibreOffice.
L’avertissement honnête : la sortie automatique n’est jamais parfaite. Les métadonnées récupérées sont souvent fautives à la source — majuscules anglaises sur des titres français, accents perdus, prénoms tronqués, éditeur manquant, DOI absent. Le logiciel ne corrige pas ce qu’il ne sait pas. Relisez chaque entrée.
Et une réalité pratique : si votre département impose des normes maison, il n’existe probablement pas de style CSL correspondant. Vous devrez adapter à la main — prévoyez-le plutôt que de le découvrir la veille.
Où trouver des références réelles
Un dernier point, qui compte plus que la ponctuation : ne citez que ce que vous avez ouvert. Les ressources françaises pour cela sont excellentes et souvent sous-utilisées :
- Sudoc — le catalogue collectif des bibliothèques universitaires françaises.
- Cairn, Persée, OpenEdition — les revues francophones en sciences humaines et sociales.
- HAL — l’archive ouverte nationale.
- theses.fr — les thèses de doctorat françaises.
- DUMAS — les mémoires validés par un jury. C’est le meilleur endroit pour voir à quoi ressemble concrètement un mémoire réussi dans votre discipline, normes bibliographiques comprises.
Les erreurs les plus fréquentes
- Commencer à rédiger avant d’avoir lu les normes du département.
- Mélanger deux styles dans le même document.
- Oublier la page sur une citation directe.
- Coller les entrées telles que Google Scholar les propose, sans les relire.
- Lister des sources jamais citées « pour faire sérieux ».
- Faire confiance à Zotero les yeux fermés.
- Chercher la norme « correcte » sur internet alors que la réponse est dans un PDF sur l’intranet de votre UFR.

Questions fréquentes
Quelle norme bibliographique dois-je utiliser ?
C’est votre UFR ou la revue qui la fixe, pas vous : consultez d’abord les consignes. En gros, APA domine en sciences sociales et en éducation, MLA en lettres, IEEE en ingénierie et informatique. Sans consigne, prenez le standard de votre discipline et restez cohérent sur tout le mémoire.
Comment citer une source sans auteur ou sans date ?
Avec ce que vous avez. Sans auteur, mettez le titre (abrégé) à la place du nom ; sans date, la plupart des normes écrivent « s. d. » (sans date). Le but est toujours que le lecteur retrouve la même source que vous.
Faut-il citer l’intelligence artificielle ?
Si vous l’avez utilisée et que votre établissement exige une déclaration, oui — la plupart le demandent désormais. Bien citer va de pair avec un usage honnête des sources : éviter le plagiat explique où passe la ligne.
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Grongy prend en charge dix styles de citation et garde vos appels et votre bibliographie synchronisés dans celui que vous avez choisi. Surtout, il travaille à partir des sources réelles que vous rassemblez — retrouvées via OpenAlex, Crossref ou le DOAJ, et que vous pouvez ouvrir pour vérifier ce qu’elles disent. Il n’invente jamais une référence : une bibliographie qui ne renvoie à rien est exactement le contraire de ce à quoi sert une bibliographie.
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