Éviter le plagiat : citer, paraphraser et déclarer l’IA
· 10 min de lecture · L’équipe Grongy

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La plupart des plagiats dans les mémoires ne sont pas des fraudes. Ce sont des négligences : une note prise sans référence en novembre, retrouvée en avril, recopiée dans le brouillon parce qu’« on remettra la source plus tard ». Personne n’a voulu tricher. Le problème, c’est que la sanction, elle, ne fait pas toujours la différence — et que la seule protection fiable est une méthode de travail, pas une bonne intention.
Ce guide explique ce qui compte réellement comme plagiat, comment citer et paraphraser correctement, et comment aborder honnêtement la question de l’IA.
Le plagiat est plus large que le copier-coller
C’est la première chose à corriger. Le copier-coller n’est qu’une forme parmi d’autres, et pas la plus fréquente :
- Copier un passage sans guillemets, même en citant l’auteur à la fin. Sans guillemets, vous présentez les mots d’un autre comme les vôtres.
- Paraphraser sans citer. L’erreur numéro un. Reformuler ne rend pas l’idée vôtre.
- Reprendre une structure d’argumentation, un plan de démonstration ou une typologie sans en créditer l’auteur.
- Traduire une source étrangère sans le dire. Très courant, et très mal vu. Traduire un article anglais en français ne crée pas un texte original : cela crée une traduction d’un texte dont vous n’êtes pas l’auteur.
- Le plagiat en mosaïque : des fragments de plusieurs sources cousus ensemble, avec quelques mots à vous entre les coutures.
- Citer une source que vous n’avez pas lue, en la prenant chez quelqu’un qui la cite.
- Inventer une référence. Le plus grave, parce qu’il n’y a aucune interprétation charitable possible.

Le cadre juridique, en deux lignes
En France, le droit de citation existe : l’article L122-5 du Code de la propriété intellectuelle autorise « les analyses et courtes citations justifiées par le caractère critique, polémique, pédagogique, scientifique ou d’information de l’œuvre à laquelle elles sont incorporées ». Mais il pose deux conditions : la citation doit être courte, et le nom de l’auteur et la source doivent être indiqués.
Autrement dit, le droit dit exactement ce que dit votre directeur : citez court, et dites toujours d’où ça vient.
À cela s’ajoute le règlement de votre université. Le plagiat y est une faute disciplinaire, indépendamment de toute question de droit d’auteur, et les conséquences vont de la note éliminatoire à la section disciplinaire.
Citer correctement
La citation courte se met entre guillemets français (« … »), avec la référence et la page : « la ville est un texte que l’on écrit en marchant » (Dupont, 2019, p. 45). (Les noms employés dans nos exemples sont fictifs : ce sont des exemples de forme, pas des références réelles.)
La citation longue — les conventions varient, souvent au-delà de trois à cinq lignes, mais vérifiez vos normes — se compose en bloc : paragraphe détaché, en retrait, sans guillemets, avec la référence.
Citez peu. Un mémoire fait à 40 % de citations n’est pas un mémoire bien documenté : c’est un mémoire où l’auteur n’a rien dit. Réservez la citation directe aux cas où la formulation elle-même compte : une définition, un texte de loi, une phrase d’enquêté, une formule que reformuler trahirait. Partout ailleurs, paraphrasez.
Paraphraser pour de vrai
Le remplacement de synonymes n’est pas une paraphrase. C’est du plagiat déguisé, et les correcteurs le repèrent à l’œil nu parce que la syntaxe reste celle de l’original.
Comparons. Supposons que votre source écrive :
Les dispositifs de télétravail réduisent le temps de trajet, mais dissolvent les frontières entre la sphère professionnelle et la sphère domestique.
Mauvaise paraphrase (les mots changent, la phrase est la même) :
Les systèmes de travail à distance diminuent la durée des déplacements, mais effacent les limites entre le domaine professionnel et le domaine familial.
C’est du plagiat. La structure, l’ordre des idées, l’articulation logique appartiennent toujours à l’auteur.
Vraie paraphrase (l’idée est reprise, la pensée est reconstruite, et elle est citée) :
Le télétravail présente un bénéfice évident en matière de mobilité. Dupont (2019) souligne cependant que ce gain a une contrepartie : les repères qui séparaient le travail de la vie privée reposaient en partie sur ce déplacement quotidien, et disparaissent avec lui.
La méthode qui fonctionne, et elle est mécanique : lisez le passage, fermez le document, écrivez de mémoire ce que vous en avez compris, puis rouvrez la source pour vérifier que vous n’avez pas déformé le propos. Si vous ne pouvez pas l’écrire sans avoir le texte sous les yeux, c’est que vous ne l’avez pas encore compris — et c’est le vrai signal.
Et surtout : une paraphrase se cite. C’est le point que les étudiants intègrent le plus tard. Reformuler ne vous dispense de rien. L’idée reste celle de quelqu’un d’autre.
L’autoplagiat : oui, c’est un problème
Réutiliser tel quel votre dossier de L3 dans votre mémoire de M2, ou recycler la même partie théorique dans deux devoirs différents, s’appelle l’autoplagiat.
L’objection est fréquente : « c’est mon texte, je ne me vole pas moi-même ». Le raisonnement est juste sur le droit d’auteur et faux sur l’évaluation. Une note certifie un travail nouveau, réalisé pour cet exercice. Rendre deux fois le même travail, c’est réclamer deux fois le crédit d’un seul effort.
La solution est simple et indolore : citez-vous comme vous citeriez n’importe qui, ou demandez à votre directeur avant. Une réutilisation déclarée est presque toujours acceptée ; une réutilisation découverte, presque jamais.
Citez ce que vous avez lu
Si vous n’avez pas ouvert la source, ne faites pas semblant. Deux options honnêtes :
- Allez la lire. Presque toujours possible : passez par le Sudoc, Cairn, Persée, OpenEdition, HAL ou le service de prêt entre bibliothèques de votre BU.
- Déclarez la citation seconde : « (Martin, 1998, cité par Dupont, 2019) », et ne mettez en bibliographie que ce que vous avez réellement lu.
Le risque, sinon, est concret : vous répétez l’erreur d’interprétation d’un intermédiaire, et le membre du jury qui, lui, a lu l’original s’en aperçoit.
L’IA : la question qu’il faut poser franchement
Parlons-en sans hypocrisie. Vous utilisez probablement des outils d’IA, comme presque tout le monde. La question utile n’est pas « est-ce que quelqu’un le fait ? » mais « qu’est-ce que vous en faites, et est-ce que vous le dites ? ».
Ce qui pose clairement problème :
- Rendre du texte produit par une IA comme s’il s’agissait de votre raisonnement. C’est le cœur du sujet : le mémoire évalue votre pensée.
- Faire produire une analyse de résultats que vous ne pourriez pas défendre en soutenance.
- Reprendre les références qu’une IA vous donne sans les vérifier. C’est le piège le plus destructeur. Les modèles de langage produisent des références d’apparence parfaitement plausible — auteur crédible, titre vraisemblable, revue réelle, DOI bien formé — qui n’existent pas. Une bibliographie contenant des références fantômes est une catastrophe en soutenance, parce qu’elle prouve que vous n’avez pas ouvert ce que vous citez. Règle absolue : si vous ne pouvez pas ouvrir la source, vous ne la citez pas.
Ce qui est généralement admis — sous réserve, toujours, du règlement de votre établissement : corriger l’orthographe et la syntaxe, améliorer la clarté d’un paragraphe que vous avez écrit, réfléchir à un plan, comprendre un concept difficile, obtenir de l’aide pour rédiger votre abstract en anglais.
La ligne de partage est assez intuitive : l’outil vous aide-t-il à exprimer votre travail, ou produit-il le travail à votre place ?
Déclarez. C’est la partie que les étudiants redoutent, et c’est la plus simple. La position du COPE sur la paternité et les outils d’IA, publiée en 2023 et largement reprise par les éditeurs scientifiques, dit trois choses claires : une IA ne peut pas être autrice (elle ne peut pas assumer la responsabilité du travail) ; les auteurs qui utilisent ces outils doivent indiquer de façon transparente quel outil et comment ils l’ont utilisé ; et les auteurs restent entièrement responsables du contenu, y compris des parties produites par l’outil.
Concrètement, pour un mémoire :
- Demandez la règle avant, pas après. Votre université, votre UFR ou votre directeur ont probablement une position. Elle peut aller de l’interdiction à l’encouragement encadré. Cette règle-là est la seule qui vous engage.
- Tenez un journal de vos usages au fil de l’eau. Trois lignes par semaine suffisent.
- Rédigez une courte déclaration si on vous le demande — et proposez-la même si on ne vous le demande pas : quel outil, pour quelles tâches, et ce que vous avez vérifié vous-même.
- Ne cachez jamais. Un usage déclaré est un usage discutable ; un usage dissimulé et découvert est une fraude. La différence de traitement entre les deux est considérable, et elle est entièrement entre vos mains.
Les habitudes ennuyeuses qui protègent vraiment
Le plagiat accidentel se prévient par l’organisation, pas par la vertu :
- Installez Zotero dès le premier jour (gratuit, avec un module Word et LibreOffice). Chaque source entre dans la bibliothèque au moment où vous la lisez, pas trois mois après.
- Codez vos notes. Une couleur pour les citations exactes, une pour vos paraphrases, une pour vos propres idées. En avril, vous ne vous souviendrez plus de ce qui est de vous.
- Ne collez jamais de texte source dans votre fichier de rédaction, même « provisoirement ». C’est exactement comme ça que le passage se retrouve dans la version rendue.
- Notez la page tout de suite. Retrouver une page dans un PDF de 400 pages, six mois plus tard, est une punition que vous vous infligez vous-même.
Vérification avant de rendre
- Chaque citation directe est-elle entre guillemets (ou en bloc), avec sa référence et sa page ?
- Chaque paraphrase porte-t-elle une référence ?
- Avez-vous ouvert et vérifié chacune des références de votre bibliographie ?
- Toute source citée dans le texte figure-t-elle en bibliographie, et réciproquement ?
- Les citations secondes sont-elles signalées comme telles ?
- Réutilisez-vous un travail antérieur ? L’avez-vous déclaré ?
- Connaissez-vous la règle de votre établissement sur l’IA, et l’avez-vous respectée ?
Une dernière chose sur le taux de similitude : un rapport anti-plagiat mesure des recouvrements de mots, pas de l’honnêteté. Nous lui consacrons un guide séparé, le taux de similitude et les logiciels anti-plagiat — où nous expliquons aussi pourquoi nous refusons de donner des « astuces pour le faire baisser ».

Questions fréquentes
Paraphraser, est-ce du plagiat ?
Seulement si vous paraphrasez sans citer, ou si votre « paraphrase » change trois mots en gardant la structure d’origine. Une vraie paraphrase reformule l’idée avec vos mots et crédite la source. Ce qui la rend honnête, c’est la citation, pas la reformulation.
Quel taux de similitude est acceptable ?
Il n’existe pas de seuil universel, et courir après un chiffre manque l’essentiel. Le rapport signale du texte identique, y compris les citations correctement placées ; un humain doit le lire malgré tout. Concentrez-vous sur la citation, pas sur un pourcentage — voir le taux de similitude.
Faut-il citer l’intelligence artificielle ?
Si vous l’avez utilisée et que votre établissement l’exige, oui. L’honnêteté consiste à déclarer ce que vous avez utilisé, pas à le dissimuler. Grongy repose sur ce principe : il aide à citer de vraies sources, pas à contourner un détecteur.
Guides liés
- Le taux de similitude et les logiciels anti-plagiat — ce que le rapport signifie vraiment
- Les normes bibliographiques — bien citer pour éviter le plagiat
- La revue de littérature — synthétiser sans copier
Grongy est construit autour de ce principe : il travaille à partir des sources réelles que vous avez rassemblées, retrouve les références vérifiables via OpenAlex, Crossref ou le DOAJ, et vous laisse ouvrir chaque texte pour contrôler ce qu’il dit. Il n’invente pas de références, et il vous aide à documenter votre usage de l’IA plutôt qu’à le dissimuler — parce qu’un mémoire honnête n’a rien à cacher.
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